Patriarche Youssef
Lettre des pâques 2005
Message de Pâques
de
Sa Béatitude Gregorios III
Patriarche grec-melkite catholique
d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem
La Résurrection et l’Eucharistie
Le Christ, nouvelle Pâque et offrande vivante
Nous célébrons les fêtes de la Résurrection radieuse dans une atmosphère politique très sombre dans le monde arabe. Cette région est devenue, au cours des dernières semaines, la vedette quotidienne des media, et c’est pour cela que nous avons un si grand besoin de l’atmosphère de la fête de la joie et de la sérénité. C’est cela qui nous pousse à nous adresser à nos Frères et à nos enfants, à tous nos fidèles, mais aussi à tous nos concitoyens, en leur disant des paroles de foi, d’espérance et de charité, en cette fête de la Résurrection de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
Le Christ est la Pâque. Il est la Résurrection et la Vie. Il est le Sacrifice vivant que nous recevons en ce jour de la glorieuse Résurrection. C’est ainsi que s’exprime Saint Jean Bouche d’Or (Chrysostome) dans le sermon de la fête de la Résurrection : « Réjouissez-vous aujourd’hui ! Prenez tous part au festin de la Foi ! Réjouissez-vous dans l’abondance de la miséricorde ».
L’Eucharistie est la Pâque continue, nouvelle et renouvelée. Le Christ est le Sacrifice vivant que nous célébrons dans la Divine Liturgie. De plus, l’Eucharistie est l’économie du salut entier, de ce salut que le Christ a réalisé dans Sa vie sur cette terre, de sorte que nous pouvons dire que l’Eucharistie réalise toutes les étapes du salut, que cette économie nous rappelle successivement par la fête de Noël, par la Théophanie et le Baptême dans le Jourdain, par les enseignements et les miracles de Jésus et Ses paraboles. De plus, elle représente à nos yeux la Passion du Christ, Sa Crucifixion, Sa Mort vivifiante et Sa Résurrection le troisième jour, Son Ascension aux cieux et Son second Avènement glorieux que nous attendons.
C’est ce que nous répétons dans nos prières liturgiques, comme dans la Liturgie de Saint-Basile : « Voici consommé et accompli, autant qu’il est en notre pouvoir, ô Christ notre Dieu, le mystère de Ton plan divin. Nous avons commémoré Ta Passion, nous avons vu l’image de Ta Résurrection, nous avons été remplis de Ta Vie sans fin, nous nous sommes délectés de Ton inépuisable nourriture. Daigne nous rendre tous dignes d’en jouir dans la vie future, par la grâce de Ton Père éternel et de Ton Saint, Bon et Vivifiant Esprit, maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. »
C’est ce que nous disons aussi dans notre Office de la Bénédiction du Saint-Sacrement, le jour de la Fête-Dieu, fête occidentale à laquelle notre Eglise Grecque-Melkite Catholique a donné une splendide tunique orientale :
« Le miracle des miracles est que l’on voit Dieu fait chair.
« C’est encore plus miraculeux de Le voir attaché sur la Croix.
« Le miracle qui contient tous les autres, c’est de Le voir dans le Sacrement de l’Eucharistie.
« Jésus, Tu as laissé dans ce Sacrement le souvenir de tous Tes miracles.
« Tu es un Dieu bon et miséricordieux.
« Tu T’es donné Toi-même en nourriture à Tes pieux fidèles, afin qu’ils se souviennent toujours de Ton alliance,
« Et qu’ils se rappellent Ta Passion et Ta Mort, jusqu’à Ton nouvel Avènement glorieux.
« Venons, fidèles, et recevons dans la Sainte Communion notre nourriture et notre vie.
« Accueillons encore Notre Sauveur en disant :
« Sauve, Seigneur, ceux qui vénèrent avec foi Ta Présence glorieuse et vénérable. »
L’Eucharistie et la Résurrection sont une et même chose ; c’est le Christ Jésus avec nous, qui écoute notre appel, comme Il a répondu à celui des deux disciples d’Emmaüs : Reste avec nous, Seigneur, Toi la Pâque éternelle, Toi le Sacrifice vivant !
Ainsi, Jésus ressuscité nous accompagne dans le mystère de Son amour, de l’Eucharistie, tout le long des chemins de notre vie, surtout au moyen du Saint-Sacrement, et de tous les autres Sacrements qui, autrefois, étaient normalement célébrés et administrés dans le cadre de la Divine Liturgie. Le Christ vient à nous à travers les Sacrements, notamment à travers l’Eucharistie, et nous Le recevons en célébrant la fête de la Résurrection.
- En effet, par le Baptême, nous revêtons le Christ et nous affirmons que nous répondons à Son amour, nous affirmons notre foi en Lui et nous Le recevons dans notre vie.
- Le Christ ressuscité est Celui qui unit ceux qui contractent le Sacrement du Mariage.
- C’est le Christ ressuscité qui relève ceux qui sont tombés dans le péché en leur donnant le pardon qui émane de Son Saint Sépulcre.
- C’est le Christ ressuscité qui, par l’abondance de Son Saint Esprit, guérit ceux qui étaient imparfaits et les remplit de la grâce du saint Sacerdoce afin qu’ils nourrissent le peuple croyant en lui distribuant le Pain de Vie qui le mène à la vie éternelle.
L’Eucharistie et la Résurrection sont liées : l’Eucharistie est le Christ ressuscité d’entre les morts, qui triomphe du mal, du péché et de la mort. L’Eucharistie est le lien de l’unité entre nos familles, nos générations, nos éparchies et nos paroisses.
Nous la célébrons avec piété et révérence, avec exactitude, ordre et beauté, dans toutes les régions de notre Patriarcat, dans les pays arabes et dans les pays d’émigration.
L’Eucharistie est le Christ vivant en nous, qui nous incite à la solidarité entre nous pour combattre la pauvreté et continuer le chantier de développement dans tous les secteurs de nos éparchies, dans nos congrégations religieuses et dans nos œuvres de bienfaisance.
L’Eucharistie est le Christ ressuscité, vivant, qui unit nos cœurs et nous fait découvrir l’importance de notre rôle dans le service de l’unité des chrétiens, et nous aide aussi à réaliser notre responsabilité très spécifique dans le monde arabe, à majorité musulmane, en tant qu’Eglise arabe, « Eglise des Arabes », « Eglise de l’Islam », Eglise pour les musulmans, Eglise pour les autres, Eglise pour tous, Eglise sans frontières.
C’est le message du Christ ressuscité d’entre les morts et vivant parmi nous dans la Sainte Eucharistie. Il nous adresse Son appel, qu’Il avait auparavant formulé devant Ses apôtres après Sa Résurrection : « Allez dans le monde entier et proclamez l’Evangile à toute la création ! » (Marc 16,15).
Le fait de découvrir notre mission à l’intérieur de notre Eglise, dans notre paroisse, et en dehors d’elle, avec toutes les autres Eglises, avec les musulmans et avec le monde entier, est le plus grand tremplin qui nous donne courage. C’est une source de force pour affronter ce que nous mentionnions au début de ce message : les divers facteurs de désespoir, de frustration, d’isolement, d’égoïsme, de tension, de manque de vision et d’horizons.
Le Christ ressuscité d’entre les morts, qui détruit les ténèbres, la passion, les souffrances, la haine, le mépris, l’animosité, la vengeance, le péché, est Celui que nous recevons dans l’Eucharistie, qui est le mystère de la communauté de foi. Il est Celui qui, dans le Sacrement de la Sainte Communion, nous pousse à nous engager dans notre société, dans la vie économique, culturelle, sociale, politique et nationale. En effet, les croyants sont ceux qui, le mieux, servent leur patrie avec fidélité, avec zèle, avec désintéressement, avec succès et avec souci du progrès. C’est à tout cela que nous appelons nos bien-aimés Frères les Evêques, et nos fils les prêtres, les diacres, les religieux, ainsi que les religieuses et tous les fidèles.
Saint Jean Bouche d’Or disait des chrétiens qui sortaient de l’église après la célébration de la Divine Liturgie qu’ils avaient la force des lions : « Les Chrétiens, après avoir célébré l’Eucharistie, ont une force remarquable, car ils sont nourris de la Sainte Eucharistie, qui est le pain des forts. » Ils se dévouent, et mettent toutes les forces et le charisme qu’ils ont puisés dans la Sainte Communion et reçus du Christ ressuscité, au service de leur société et de leur patrie afin de construire ensemble un monde nouveau, un monde de dialogue des civilisations et des cultures, le monde de la culture de Dieu, de la civilisation de l’amour dans la terre des hommes.
Se présenter souvent, avec de bonnes dispositions, au Sacrement de la Sainte Communion, c’est faire œuvrer en nous tous les Sacrements que nous avons reçus dans les différentes étapes de notre vie. Ainsi, Dieu transforme la misère de notre corps et nous fait croître dans la vie spirituelle, et Sa vie croît en nous. Nous pouvons alors donner des fruits abondants, qui sont les fruits de la vie qui travaille en nous, qui opère en nous par la foi, l’espérance et la charité, les bonnes oeuvres et les divers services que le Christ fait fleurir en nous, car c’est Lui qui vit en nous. Comme dit Saint Paul : « Je vis, mais ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Et si je vis dans la chair, j’y vis dans la foi du Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Galates 2, 21-22).
La fête de la Résurrection n’est pas pour nous seuls. Nous demandons que cette fête soit une résurrection pour nos patries, pour nos peuples, pour tous nos frères dans les pays arabes, surtout en Palestine et en Irak, et spécialement pour tous les enfants de l’Eglise Grecque-Melkite Catholique dans le monde entier.
Nous disons au Christ : Reste avec nous. Nous Lui demandons de rester avec ce monde, dans ce monde qui a tellement besoin de Sa présence, la présence de l’amour, du bien et de la bénédiction.
Avec foi, espérance et charité, nous répétons le cri de cette grande fête :
Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !
+ Gregorios III
Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient,
d’Alexandrie et de Jérusalem