Patriarche Youssef

Lettre de Pâques

8 4 2012


Lettre de Sa Béatitude Gregorios III,
Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, d'Alexandrie et de Jérusalem,
pour la fête de Pâques
(8 avril 2012)

L'amour est plus fort que la mort
Qui aime ne meurt pas

L'amour est plus fort que la mort. Qui aime ne meurt pas!
C'est le cri de la glorieuse Résurrection. C'est le vrai sens du chant immortel de la Résurrection: Le Christ est ressuscité! C'est le Christ de qui nous célébrons la Résurrection glorieuse. "Et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés" (I Corinthiens 15, 17).
C'est Lui de qui Jean, l'Evangéliste bien-aimé, a dit: "Dieu en effet a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en Lui ne périsse pas, mais possède la vie éternelle" (Jean 3, 16). C'est Lui qui a dit: "Celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra" (Jean 11, 25); et aussi: "Celui qui croit en moi, (...) des fleuves d'eau vive couleront de son sein" (Jean 7, 38).
La Résurrection de Jésus-Christ est le signe de la victoire de son amour, c'est le triomphe de la vie sur la mort. C'est ce que Jean Chrysostome a dit dans son sermon de Pâques, et que nous chantons: "Que nul ne craigne la mort, car celle du Sauveur nous a délivrés! O mort, où est ton aiguillon? Enfer, où est ta victoire? Le Christ est ressuscité et toi-même, ô enfer, tu es terrassé. Le Christ est ressuscité, et voici que règne la vie".

Voilà notre foi, malgré la réalité douloureuse de notre vie, et malgré notre faiblesse. Nous sommes tous faibles devant la douleur, la maladie, le doute, la frustration, la solitude, la déception, l'échec, la domination des mauvais, le bruit, le vacarme des armes, les spectacles de la guerre et de ka violence, des massacres, de la destruction, des explosions, des actes criminels, des complots, des intrigues et de toutes les forces du mal qui nous entourent et nous encerclent de tout côté...
Malheureusement, tout cela est réalité dans des régions du monde arabe, surtout en Syrie, depuis plus d'un an.
Les disciples de Jésus ont eu peur quand Il leur a annoncé sa passion et sa mort; "Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire?" (Luc 24, 26). Et Pierre Lui avait alors répliqué: "A Dieu ne plaise!" (Matthieu 16, 22).
Le Christ Lui-même a agonisé, jusqu'à suer du sang au Jardin des Oliviers, à l'approche de sa passion et de sa mort.
Il priait en disant: "Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que ta volonté soit faite!" (Matthieu 26, 42).
Les Apôtres étaient tous faibles devant la passion et la mort de leur Maître Jésus. Mais leur amour pour le Christ et l'amour de Jésus pour eux leur ont donné une nouvelle espérance, car Il leur a dit: "Je suis avec vous, pour toujours, jusqu'à la consommation des temps" (Matthieu 28, 20).
Il les a fortifiés par son amour qu'Il a déclaré avant sa passion, et leur a dit: "Je ne vous laisserai pas orphelins; je viendrai à vous" (Jean 14, 18). Il leur a dit aussi: "Le Père Lui-même vous aime, parce que vous m'avez aimé" (Jean 16, 27).


Par cet amour Jésus a ressuscité son ami Lazare, et Il a rassuré sa sœur Marie: "Ton frère ressuscitera" (Jean 11, 23). Saint Jean a exprimé cet amour, qui est plus fort que la mort, en disant: "Jésus pleura" (Jean 11, 35). Ceux qui en furent témoins dirent: "Voyez comme il l'aimait!" (Jean 11, 36).
La fête de la Résurrection nous appelle à la foi, à l'espérance et à la charité. De plus, chaque dimanche, dans la tradition orientale, est le dimanche de la Résurrection et est un appel à la foi, à l'espérance et à la charité.
La rencontre avec Jésus, ressuscité d'entre les morts, anime en nous cet amour qui est plus fort que la mort.
Ces considérations ne sont pas une aspirine, ni un calmant, ni une fuite en avant, face à la réalité de notre monde, surtout au Proche-Orient, et surtout en Syrie. Cela nous aidera plutôt à puiser, dans la faiblesse, force, espoir et espérance.
Dans ce sens, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a dit, au sujet des souffrances du continent africain, au cours de sa visite au Bénin du 18 au 20 novembre 2011:
"L'Eglise n'apporte aucune solution technique et n'impose aucune solution politique. Elle répète: n'ayez pas peur! L'humanité n'est pas seule face aux défis du monde. Dieu est présent. C'est là un message d'espérance, une espérance génératrice d'énergie, qui stimule l'intelligence et donne à la volonté tout son dynamisme. Un ancien archevêque de Toulouse, le Cardinal Saliège, disait: Espérer, ce n'est pas abandonner; c'est redoubler d'activité. L'Eglise accompagne l'Etat dans sa mission; elle veut être comme l'âme de ce corps en lui indiquant inlassablement l'essentiel: Dieu et l'homme. Elle désire accomplir, ouvertement et sans crainte, cette tâche immense de celle qui éduque et soigne, et surtout de celle qui prie sans cesse (cf. Luc 18, 1), qui montre où est Dieu (cf. Matthieu 6, 21) et où est l'homme véritable (cf. Matthieu 20, 26 et Jean 19, 5). Le désespoir est individualiste. L'espérance est communion.


"N'est-ce pas là une voie splendide qui nous est proposée? J'y invite tous les responsables politiques, économiques, ainsi que le monde universitaire et celui de la culture. Soyez, vous aussi, des semeurs d'espérance!" (Discours à Cotonou, 19 novembre 2011).

 

L'amour est plus fort que la mort

Un des signes de l'amour est la communion. C'est ainsi que s'exprime Saint Paul: "Un membre souffre-t-il? Tous les membres souffrent avec lui" (I Corinthiens 12, 26). La communion veut dire solidarité, suirtout dans les temps d'épreuve, de détresse, de douleur, de maladie.
Dans ce sens, je cite un passage de la lettre de souhaits pour la fête de Noël 2011, qiue j'ai reçue de Sa Grâce le Dr. Rowan Williams, l'archevêque anglican de Cantorbéry:
"Over the twelve past months, many will have sensed that this is indeed a time of the shaking of nations. The tumultuous events in the Middle East and North Africa, the economic crisis in Europe and indeed in North America too – all this has reminded us of how fragile are some of the structures we take for granted. Our political identities and our financial security alike are vulnerable. We have no choice but to ask what it is that cannot be shaken. But as we do, we should reflect on a phrase that has been used by some writers and thinkers in recent years: we are called to experience the solidarity of the shaken – that is, we are called to recognize the kinship between all who have come to know how vulnerable they are and how insecure their world is. To recognize the sane vulnerability in each other is a very profound solidarity, one that overcomes much of our suspicion and fear".
L'expression de la solidarité devant notre fragilité, notre faiblesse et notre vulnérabilité est l'amour.

C'est ce qu'exprime Saint Matthieu lorsque, citant Isaïe 53, 4, il nous dit que Jésus "a enlevé nos infirmités" (Matthieu 8, 17). Et "l'amour couvre une multitude de péchés" (I Pierre 4, 8); en outre, "où le péché avait abondé, la grâce a surabondé" (Romains 5, 20).
Avant la Résurrection, il y eut un fort tremblement de terre, comme le raconte l'Evangéliste Matthieu: "Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre; l'ange du Seigneur en effet était descendu du ciel et, s'approchant, avait roulé la pierre et s'était assis dessus" (Matthieu 28, 2).
Devant ce fait, nous comprenons que l'amour est plus fort que la mort.
Devant les crises du monde arabe (qui sont un tremblement de terre), devant l'ébranlement de l'amour et de la confiance entre les peuples du monde arabe, devant les crises financières et économiques, devant les crises des valeurs et des mœurs, et même des valeurs de notre sainte foi... nous avons recours à l'amour, qui est vraiment plus fort que la mort, que la violence, les destructions, l'égoïsme, les meurtres, l'exploitation et les bouleversements sur les plans économique, politique et social.
C'est alors qu'on découvre la valeur de l'enseignement au sujet de l'amour que nous présentent l'Evangile, les Epîtres de Saint Paul et celles des autres Apôtres. L'amour, c'est le salut du monde. La perte de l'amour, c'est la perte et la ruine du monde.
Les peurs, les hantises et les révolutions qui envahissent notre monde arabe sont peut-être senties par les chrétiens plus spécialement que par les autres, bien que nous soyons tous exposés – comme Nous l'avons dit plus haut – à la faiblesse, à la fragilité et à la vulnérabilité.
Dans toutes ces situations et devant toutes ces réalités, nous devons, nous les chrétiens, trouver notre place, redécouvrir notre vocation et discerner quel est le plan de Dieu (l'économie du salut) pour nous.

Nous devons, spécialement, être solidaires de ce monde arabe, qui est notre monde, dans lequel nous avons nos racines. Nous y avons réalisé tant de choses, dans les domaines de l'histoire, de la littérature, dans sa civilisation. De plus, nous avons été initiateurs et les réalisateurs de l'arabité, de la pensée arabe; nous en avons été les architectes, les penseurs, les pionniers, les théoriciens et les propagateurs.
C'est le temps où les chrétiens doivent, comme toujours et plus que jamais, découvrir la force de l'amour de Dieu qui "a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné" (Romains 5, 5). Et par là découvrir la force de l'Evangile, et la véracité des enseignements de Jésus-Christ. Les chrétiens doivent découvrir et se rappeler qu'ils sont les "fils de la Résurrection". De plus, ils doivent découyvrir que leur résurrection implique l'obligation de se solidariser avec les réalités et les problèmes de leurs patries, de leurs terres, de leurs peuples, de loeurs concitoyens. C'est eux qui doivent contribuer à la résurrection de leur société, bien qu'ils n'y représentent qu'un "pertit troupeau", celui à qui le Seigneur a confié cette grande et immortelle mission et vocation, ferme et inaltérable: celle d'être lumière, sel et levain dans notre société.
Ainsi, nous partageons avec nos pays leur faiblesse, leur fragilité et leur vulnérabilité, afin de découvrir ensemble la force et les espoirs de la résurrection. Saint Paul a exprimé cela en racontant son expérience avec Jésus: "Ma grâce te suffit; car ma puissance se déploie dans la faiblesse" (II Corinthiens 12, 9). Et aussi: "C'est pourquoi nous ne faiblissons pas. Bien au contraire; encore que l'homme extérieur en nous s'en aille en ruines, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour" (II Corinthiens 4, 16).


Dans les circonstances difficiles que vit notre monde arabe, ici et là, les chrétiens se posent des questions sur leur avenir et leur destin. Je trouve très opportun et actuel de rappeler un document du deuxième siècle. C'est une lettre écrite par un chrétien pieux pour défendre le christianisme et la force de la foi chrétienne, surtout face aux développements et aux changements de la société, à son ébranlement, sa vulnérabilité et sa fragilité.
L'auteur s'est exprimé sous la forme d'une lettre adressée à un concitoyen grec païen jouissant d'une haute position et qui s'appelle Diognète. Le document est intitulé Discours à Diognète.
Dans ce document, il y a beaucoup d'aspects de la réalité de nos jours et de notre société, et aussi beaucoup d'orientations, de leçons, de directives utiles pour orienter le comportement du chrétien et expliquer ce que devrait être sa réaction devant la réalité:
V. "Les chrétiens ne se sont pas distingués du reste des hommes ni par leur pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre; ils n'ont pas d'autres villes que les nôtres, d'autre langage que celui que vous parlez; rien de singulier dans leurs habitudes; seulement ils ne se livrent pas à l'étude de vains systèmes, fruit de la curiosité des hommes, et ne s'attachent pas, comme plusieurs, à défendre des doctrines humaines. Répandus, selon qu'il a plu à la Providence, dans des villes grecques ou barbares, ils se conforment, pour le vêtement, pour la nourriture, pour la manière de vivre, aux usages qu'ils trouvent établis; mais ils placent sous les yeux de tous l'étonnant spectacle de leur vie toute angélique et à peine croyable. (...)
"Ils habitent leurs cités comme étrangers, ils prennent part à tout comme citoyens, ils souffrent tout comme voyageurs. Pour eux, toute région étrangère est une patrie, et toute patrie ici-bas est une région étrangère.

"Comme les autres, ils se marient; comme les autres, ils ont des enfants, seulement ils ne les abandonnent pas. Ils ont tous une même table, mais pas le même lit. Ils vivent dans la chair et non selon la chair. Ils habitent la terre et leur conversation est dans le ciel. Soumis aux lois établies, ils sont, par leurs vies, supérieurs à ces lois. Ils aiment tous les hommes et tous les hommes les persécutent. Sans les connaître, on les condamne. Mis à mort, ils naissent à la vie. Pauvres, ils font des riches. Manquant de tout, ils surabondent. L'opprobre dont on les couvre devient pour eux une source de gloire; la calomnie qui les déchire dévoile leur innocence. La bouche qui les outrage se voit forcée de les bénir; les injures appellent ensuite les éloges. Irréprochables, ils sont punis comme criminels et au milieu des tourments ils sont dans la joie comme des hommes qui vont à la vie. Les Juifs les regardent comme des étrangers et leur font la guerre. Les Grecs les persécutent, mais ces ennemis si acharnés ne pourraient dire la cause de leur haine. (...)
VI. "Pour tout dire, en un mot, les chrétiens sont dans le monde ce que l'âme est dans le corps: l'âme est répandue dans toutes les parties du corps; les chrétiens sont dans toutes les parties de la Terre; l'âme habite le corps sans être du corps, les chrétiens sont dans le monde sans être du monde. L'âme, invisible par nature, est placée dans un corps visible qui est sa demeure. Tu vois les chrétiens pendant leur séjour sur la terre, mais leur culte, qui est tout divin, ne tombe pas sous les yeux. La chair, sans avoir reçu aucun outrage de l'esprit, le déteste et lui fait la guerre, parce qu'il est ennemi des voluptés. Ainsi le monde persécute les chrétiens, dont il n'a pas à se plaindre, parce qu'ils fuient les plaisirs. L'âme aime la chair qui la combat et les membres toujours soulevés contre elle. Ainsi les chrétiens n'ont que de l'amour pour ceux qui ne leur montrent que de la haine. L'âme, enfermée dans le corps, le conserve; les chrétiens, enfermés dans ce monde comme dans une prison, empêchent qu'il ne périsse.

"L'âme immportelle habite un tabernacle périssable; les chrétiens, qui attendent la vie incorruptible des cieux, habitent comme des étrangers les demeures corruptibles d'ici-bas. L'âme se fortifie par les jeûnes, les chrétiens se multiplient par les persécutions: le poste que Dieu leur a confié est si glorieux qu'ils regardent comme un crime de l'abandonner".
Dans ce magnifique discours, nous découvrons la force de la foi chrétienne. Cette foi est la base du comportement du chrétien vis-à-vis de sa société, des développements, des changements, des lois, des constitutions, des ordonnances, qui pourraient être un obstacle dans l'exercice de sa sainte foi. Ainsi, c'est le cas, par exemple, de la Charia ou loi islamique, du Fiqh ou jurisprudence, dans l'Islam et plus particulièrement dans la société arabe à majorité musulmane. Le chrétien doit savoir comment se comporter vis-à-vis de ces lois ou de ces constitutions. Comment trouver, dans le cadre de ces lois, et avec la Charia et la jurisprudence non chrétiennes, un espace pour vivre et pratiquer sa foi et ses valeurs chrétiennes. De plus. il devrait découvrir comment être interactif avec ces lois, et même les enrichir, les développer et y greffer les valeurs de sa foi et les enseignements de son Maître Jésus-Christ dans le saint Evangile, ainsi que les principes de son Eglise et ses convictions de foi nationale et humaine. Ainsi, il rencontrera ses frères concitoyens d'une autre religion, d'une autre croyance et d'une autre culture. De plus, à travers cela, à travers cette ouverture, il pourra obtenir des mesures qui protègent sa foi, ses mœurs, ses valeurs et les lois de son Eglise. Cela pourra être obtenu par le moyen du statut personnel, mais aussi par des conférences au sujet du développement des principes de la société civile et de la laïcité croyante.

 

Ne crains pas: le Christ est ressuscité!

Ne crains pas! C'est la parole réconfortante, consolante, vivifiante et aimante que Jésus a répétée à ses disciples durant sa vie avec eux. Le jour de sa naissance, les anges l'avaient annoncé. Pendans la tempête sur le lac de Tibériade et dans d'autres épisodes de l'Evangile, dans les récits sur Jésus après sa Résurrection.
L'ange dit aux femmes, peureuses devant le tombeau vide: "Pour vous, ne craignez point! Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. Il n'est pas ici; Il est ressuscité, comme Il l'avait dit" (Matthieu 28, 5-6). Nous n'avons pas un Christ crucifié. Nous avons un Christ ressuscité!
Jésus Lui-même rencontre les femmes apeurées et leur dit: "Paix à vous! Rassurez-vous!" (Matthieu 28, 9 et 10). On trouve le même verset dans l'Evangile de Marc: "N'ayez plus peur! (...) Il est ressuscité!" (Marc 16, 6). Au lieu de la peur, au moment où la peur est à son paroxysme, Jésus donne leur mission à ses disciples et leur demande de découvrir leur nouvelle vocation: "Allez donc. De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (Matthieu 28, 19).
Ainsi, au milieu des moments les plus difficiles et de la peine, Jésus donne à ses disciples la plus haute, délicate et courageuse mission: "Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la création" (Marc 16, 15).
A l'Apôtre renégat, peureux et repenti, Pierre, coryphée des Apôtres, Jésus confie la mission la plus délicate et la plus sublime, en lui disant, après avoir éprouvé son amour: "Pais mes brebis!" (Jean 21, 15-17).
Saint Augustin a dit: "Aime et fais ce que tu veux". Je dirais plutôt: Aime, et tu pourras faire ce que tu veux.

 

Le petit troupeau et la grande mission

L'amour est plus fort que la mort. L'amour est la Résurrection. Il est vraiment intéressant de constater le lien entre les deux façons de faire connaître ou de présenter le christianisme naissant et les premières communautés chrétiennes, surtout à Antioche, où les disciples du Christ furent appelés pour la première fois "chrétiens" (Actes des Apôtres 11, 26). Tertullien rapporte (Apologeticum 39, 7) cette expression de gens de l'époque: "Voyez comme ils s'aiment!". C'est d'ailleurs l'application pratique de ce que Jésus a dit à ses disciples: "A cela tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous vous aimez les uns les autres" (Jean 13, 35). La seconde présentation des chrétiens, liée à l'autre, c'est le nom donné aux chrétiens en Syrie: les fils de la Résurrection.
Il est d'une très grande importance de savoir comment lier ces deux présentations si belles: l'amour, et les fils de la Résurrection. A travers ces deux présentations nous faisons la découverte de l'amour et de la Résurrection. Nous sommes responsables de l'amour et de la Résurrection dans le monde arabe, de la participation du monde à la joie de la Résurrection, dans la joie de la naissance et de la résurrection d'un monde nouveau et meilleur.
Oui! Nous appartenons au petit troupeau qui a une grande efficacité. C'est le petit troupeau qui est pour le grand troupeau. La protection du petit troupeau est pour le bien du grand troupeau, afin que tous aient la vie et l'aient en abondance (cf. Jean 10, 10).
C'est là le sens de la Résurrection. C'est là le sens de l'expression populaire, selon laquelle la Résurrection est la "grande fête". C'est là en partie le sens de notre revendication de célébrer cette fête de Pâques ensemble, tous les chrétiens.

Ce qui est le plus important, c'est de donner tous ensemble un témoignage du Christ ressuscité, qui est plus fort que la mort, que la peur, que la souffrance, que les problèmes, que la pauvreté, que la discrimination, ... et que tout ce qui peut angoisser la vie des hommes, car l'amour est plus fort que la mort.

 

Bonne fête!

Nous adressons nos souhaits cordiaux de bonne fête à nos frères les Hiérarques membres de notre Saint-Synode, à nos frères bien-aimés les prêtres éparchiaux et religieux, à nos enfants les consacrés de nos congrégations religieuses masculines et féminines, à tous nos fils et toutes nos filles de notre Eglise Grecque-Melkite Catholique, dans les pays arabes et les pays d'émigration.
Nous prions pour vous tous, surtout ceux qui souffrent, qui doutent, qui ont peur, qui sont fragiles, ceux qui sont morts dans les affrontements, surtout parmi nos chrétiens, durant ces événements douloureux et tragiques dans nos pays: en Palestine, en Irak, en Egypte, et plus spécialement en Syrie.
Malgré la douleur qui nous étouffe dans la gorge, nous chantons du fond du cœur le chant de la victoire du Christ sur la mort. Puisse-t-il être toujours le chant de notre foi, de notre espérance et de notre charité!
Le Christ est ressuscité! Nous ressusciterons avec Lui. Notre monde participera à la joie de la Résurrection.

Le Christ est ressuscité!
Il est vraiment ressuscité!

 

+ Gregorios III
Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient,
d'Alexandrie et de Jérusalem